En créant "Née Fille", j'ai essayé de comprendre ce qui pouvait amener un bourreau à accomplir de tels actes de cruauté. Et, en éliminant les raisonnements pervers de certains psychopathes misogynes, je n'ai trouvé d'autre réponse que celle d'Hannah Arendt quand elle évoque "l'absence de pensée".

Cette absence de pensée, de réflexion, de responsabilité, peut laisser la place à une idéologie. C'est plus facile : je ne me pose pas de questions, j'obéis à des règles toutes faites dictées par la tradition "on a toujours fait comme cela" ou par la religion "c'est la volonté de Dieu" ou encore par une idéologie totalitaire "les ordres du pouvoir sont indiscutables". Ainsi je ne suis plus responsable d'actes de cruauté, je suis seulement loyal envers ma religion, mon groupe social ou mes dirigeants. Mes actes sont légitimes. J'accomplis mon devoir sans conscience morale, comme le racontent les témoignages des Hutus recueillis  par Jean Hatzfeld dans son livre "une saison de machettes", qui avaient un travail à accomplir dans la journée, tuer le plus de personnes possible : "on avait un boulot à parachever. Voilà tout." 

"La banalité du mal" qu'évoque Hannah Arendt se retrouve dans les" violences ordinaires" que m'ont décrites les femmes victimes.

La tradition veut qu'on continue à exciser et à infibuler, qu'on marie de force une petite fille, qu'on enferme une veuve dans une case obscure pendant un an, qu'on impose aux femmes le rôle de reproductrices sans aucun droit ni considération ...etc.

L'extrémisme religieux permet, encore à notre époque, la lapidation d'une femme violée, autorise les mariages temporaires (qui ne sont qu'une autre forme de prostitution), force les femmes à cacher leur corps, interdit aux filles l'éducation et le sport, enferme l'épouse en la privant de tous ses droits etc...

Ces hommes obéissent à des règles souvent très anciennes, pour ne pas se couper de la societé dans laquelle ils vivent. Et ils le font avec une réelle bonne foi, sûrs de leurs droits, persuadés que la femme est inférieure à l'homme, née impure et tentatrice, sorcière ou putain, indigne d'intérêt et de respect. Elles effraient par le pouvoir de la procréation. Il faut donc les maitriser, les dominer, les asservir et parfois les punir.

 "Née Fille"rend hommage aux femmes qui subissent la barbarie des hommes. Car de victimes, elles deviennent héroïnes, par leur résistance, par leur liberté de penser , par leur courage et leur amour infini.